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L’effet Streisand sur le web, ou comment nourrir une rumeur

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  On peut définir l’effet Streisand comme une conséquence négative lorsque vous tentez de faire disparaître un élément du web. Mike Masnick, l’éditeur du magazine en ligne Techdirt a créé cette expression lorsqu’en 2003 Barbara Streisand a tenté de poursuivre le photographe Kenneth Adelman et son site Pictopia.com pour violation de sa vie privée. La poursuite de 50 M$ forçait le photographe à supprimer une photographie aérienne de la maison de Mme Streisand de sa collection de 12 000 photos accessible au public. BS maisonM. Adelman a photographié sans le savoir la propriété de la vedette sur le bord de mer pour documenter l’érosion côtière dans le cadre d’un projet de surveillance des côtes de la Californie, destinée à influencer le gouvernement. Avant le dépôt de la poursuite-bâillon de Barbara Streisand, la fameuse « Image 3850 » avait été téléchargée seulement 6 fois à partir du site Web de Adelman, dont deux faits par les avocats de Streisand. Aussitôt l’affaire ébruitée, le mois suivant, le public a visionné la photo à plus d’un demi-million de reprises.

D’autres exemples dans l’actualité

Il existe plusieurs exemples célèbres de l’effet Streisand. En voici trois particulièrement intéressantes : La vidéo tordue de Tom Cruise En janvier 2008, la vidéo d’une entrevue (4 min 10 s, sous-titré en français) avec Tom Cruise, produite par l’Église de Scientologie a été mise en ligne sur YouTube. Avec en arrière-plan la musique du film « Mission impossible », Tom Cruise y fait plusieurs déclarations étonnantes, affirmant que les scientologues étaient les seules personnes qui peuvent aider après un accident de voiture, ou les seuls capables de désintoxiquer un narcomane ou encore de réhabiliter des criminels. Tom Cruise y est vu vantant les vertus de Scientologie avec un regard maniaque, proclamant son amour indéfectible pour cette secte. L’Église de Scientologie a affirmé que le matériel vidéo divulgué sur le web a été piraté et tiré d’une vidéo de trois heures produite exclusivement pour les membres de la Scientologie. Sous la menace de poursuite, YouTube a retiré la vidéo de son site. Par contre, le site web Gawker.com a refusé de retirer la fameuse vidéo (9 min 35 s en anglais). Les avocats de l’Église de Scientologie ont envoyé une lettre à Gawker exigeant le retrait de la vidéo, mais Nick Denton de Gawker a refusé prétextant la censure du web. Depuis lors, la vidéo a été vue à plus de 10 millions de reprises. Les carrés rouges et l’art urbain Photo ILPendant le printemps arabe, Jennifer Pawluck âgée de 20 ans a eu la malencontreuse idée de publier dans son réseau social une photo d’art urbain de Ian Lafrenière, le porte-parole du SPVM, bête noire de la jeunesse « Carré rouge ». Son visage caricaturé sur un mur montrait son front troué par ce qui semble être un projectile d’arme à feu. Après avoir été mise en état d’arrestation, sous le chef d’accusation « d’avoir harcelé un policier pour lui faire raisonnablement craindre pour sa sécurité », cet événement a eu l’effet pervers de propulsé cette photo partout sur la toile, même à l’international, soulignant la démesure liée à cette arrestation. Dans son édition du 9 avril 2013, un article du journal le Devoir a traité en détail de cette affaire. Le droit à l’oubli Récemment nous avons traité à cette chronique du droit à l’oubli, ou une personne a poursuivi Google afin de faire retirer un élément négatif sur sa vie passée. Même s’il a gagné son procès, celui-ci est devenu célèbre et l’information retirée par Google apparaît maintenant dans de nombreux sites web.

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